Votre banquier vous propose de ne rien rembourser pendant les premiers mois de votre crédit ? Ça ressemble à un cadeau. Ça n’en est pas un. Le différé de remboursement, ce mécanisme qui repousse le début de vos échéances, rend service dans certaines situations bien précises, mais il alourdit toujours la facture finale. Repousser le remboursement du capital, voire des intérêts, a un coût, et ce coût est calculé au centime près par la banque. Voici comment fonctionne un différé, quand il vaut le coup, et surtout comment estimer ce qu’il va vous coûter avant de signer.
Si vous êtes du genre « radical », lisez Comment ne pas rembourser un crédit ?
Ce que recouvre le mot « différé »
Le différé de remboursement, aussi appelé différé d’amortissement, consiste à retarder le moment où vous commencez à rembourser votre crédit. Pendant cette période de pause, qui va souvent de 12 à 36 mois, vous ne payez pas le capital emprunté. La banque vous laisse respirer au démarrage.
Ce mécanisme n’a rien d’exotique. On le rencontre surtout dans deux cas : la construction d’une maison ou l’achat sur plan, où vous payez encore un loyer en attendant la livraison du bien, et l’investissement locatif, où vous attendez les premiers loyers avant de faire face aux échéances. Dans les deux cas, l’idée est de ne pas cumuler deux charges lourdes en même temps.
Encore faut-il distinguer les deux formes de différé, car elles ne coûtent pas la même chose, et de loin.
Différé partiel : vous ne payez que les intérêts
Dans un différé partiel, pendant la période de pause vous réglez uniquement les intérêts sur le capital emprunté, plus l’assurance emprunteur. Vous ne remboursez pas encore le capital, mais vous payez le loyer de l’argent prêté.
L’avantage, c’est que la dette ne gonfle pas. Vous payez les intérêts au fur et à mesure, donc le capital que vous devrez rembourser ensuite reste celui du départ. Vos échéances pendant le différé sont allégées, mais vous ne creusez pas de trou.
Prenons un cas chiffré. Emprunt de 200 000 € à 3,4 % sur 20 ans, avec 24 mois de différé partiel. Pendant ces deux ans, vous payez environ 567 € d’intérêts par mois, plus l’assurance. Sur 24 mois, cela représente près de 13 600 € d’intérêts versés sans avoir entamé le capital d’un euro. À l’issue du différé, l’amortissement démarre sur les 200 000 € intacts, avec des mensualités calculées sur la durée restante.
Différé total : la facilité qui coûte le plus cher
Le différé total, lui, va plus loin. Pendant la période de pause, en général limitée à 12 mois, vous ne payez ni le capital ni les intérêts. Vous ne déboursez que l’assurance emprunteur. Sur le papier, c’est le confort maximal.
Sauf que les intérêts non payés ne s’évaporent pas. Ils sont calculés, capitalisés, et ajoutés au capital que vous devrez rembourser ensuite. On appelle ça les intérêts intercalaires. Résultat, après un différé total, vous remboursez un capital supérieur à ce que vous avez emprunté, et vous payez ensuite des intérêts sur ces intérêts. La mécanique la plus douce à court terme est la plus lourde à l’arrivée.
Sur le même emprunt de 200 000 € à 3,4 %, un différé total de 12 mois ajoute environ 6 900 € d’intérêts intercalaires au capital. Vous commencez donc à amortir non pas 200 000 €, mais près de 206 900 €. Le surcoût final se chiffre en milliers d’euros par rapport à un prêt classique, précisément parce que vous payez des intérêts sur une somme qui a enflé.
Soyons clairs : le différé total ne se justifie que si vous n’avez vraiment aucune capacité de paiement pendant la période concernée. Dès que vous pouvez régler les intérêts, le différé partiel est nettement plus économique.
Les intérêts intercalaires, le poste que personne ne vous explique
Le vrai piège du différé se niche dans ces intérêts intercalaires, surtout fréquents lors d’un achat en VEFA, la vente en l’état futur d’achèvement. Quand vous achetez sur plan, la banque débloque les fonds par tranches, au rythme de l’avancement du chantier : fondations, mise hors d’eau, achèvement. Vous payez des intérêts sur chaque tranche débloquée, avant même que le prêt n’entre dans sa phase d’amortissement classique.
Ces intérêts intercalaires s’accumulent parfois sur 18 à 24 mois de construction, et ils viennent s’ajouter au coût total du crédit. Beaucoup d’acheteurs de logement neuf découvrent cette ligne au moment de signer l’offre, alors qu’elle aurait dû peser dans leur calcul dès le départ. Un promoteur qui vend du neuf ne met jamais en avant ce surcoût de financement.
Pour comprendre comment le capital et les intérêts se répartissent une fois l’amortissement lancé, notre article sur l’amortissement d’un prêt détaille la construction du tableau.
Quand le différé a du sens, quand il n’en a pas
Le différé se défend clairement dans trois situations. La construction ou l’achat sur plan, quand vous payez un loyer en attendant d’emménager et que cumuler loyer et mensualité vous asphyxierait. L’investissement locatif, où le différé cale le début du remboursement sur l’arrivée des premiers loyers. Et les gros travaux de rénovation, quand le bien n’est pas habitable ou louable immédiatement.
En revanche, il n’a aucun intérêt si vous avez déjà les moyens de payer vos échéances dès le départ. Prendre un différé « par confort » revient à payer plus cher un service dont vous n’avez pas besoin. Et un différé total, quand un différé partiel suffirait, c’est jeter de l’argent par la fenêtre.
Un point de vigilance : le différé rallonge de fait la durée pendant laquelle vous êtes engagé et exposé au coût du crédit. Sur un marché où les taux ont retrouvé des niveaux significatifs, chaque mois de différé total pèse davantage qu’à l’époque des taux planchers. Faites tourner les chiffres avec votre banque ou votre courtier, différé partiel contre différé total, et regardez le coût total du crédit ligne à ligne.
Comment négocier et vérifier son différé
Demandez systématiquement à voir le coût total du crédit avec et sans différé. La banque doit pouvoir vous éditer les deux tableaux. La différence entre les deux, c’est le prix exact que vous payez pour repousser vos échéances.
Négociez la forme du différé. Si votre situation vous permet de payer les intérêts, exigez un différé partiel plutôt que total. L’économie sur les intérêts intercalaires est immédiate.
Vérifiez la durée. Un différé calé au plus juste sur la date de livraison ou d’entrée en location coûte moins cher qu’un différé confortable de six mois de plus « au cas où ». Chaque mois compte.
Et si vous financez du neuf en VEFA, faites chiffrer précisément les intérêts intercalaires sur toute la durée du chantier. C’est souvent le poste qui fait la différence entre deux offres de banques, bien plus que le taux affiché.
Dernier réflexe utile : gardez un œil sur l’assurance emprunteur, que vous continuez de payer pendant toute la période de différé alors même que vous n’amortissez rien. Sur un différé long, cette ligne finit par représenter une somme non négligeable. Et si votre situation s’améliore plus vite que prévu, sachez que rien ne vous oblige à subir le différé jusqu’au bout : vous pouvez demander à amortir par anticipation, en gardant en tête les éventuelles pénalités décrites dans notre article sur l’indemnité de remboursement anticipé. Repousser ses échéances au démarrage n’interdit pas d’accélérer ensuite.
FAQ
Quelle est la différence entre différé partiel et différé total ? Dans un différé partiel, vous payez les intérêts et l’assurance pendant la période de pause, mais pas le capital. Dans un différé total, vous ne payez ni capital ni intérêts, seulement l’assurance : les intérêts non réglés sont capitalisés et ajoutés au capital, ce qui coûte nettement plus cher au final.
Le différé de remboursement augmente-t-il le coût du crédit ? Oui, toujours. Un différé partiel vous fait payer des intérêts sans amortir le capital. Un différé total ajoute des intérêts intercalaires au capital, sur lesquels vous paierez ensuite de nouveaux intérêts. Un prêt avec différé revient systématiquement plus cher qu’un prêt classique.
Combien de temps peut durer un différé ? Un différé partiel s’étale souvent de 12 à 36 mois. Un différé total est généralement plafonné à 12 mois. La durée dépend de la banque, du type de projet et de la date prévue d’entrée dans le bien ou de perception des loyers.
Que sont les intérêts intercalaires ? Ce sont les intérêts calculés sur les fonds débloqués avant le démarrage de l’amortissement classique, typiquement lors d’un achat sur plan où la banque libère l’argent par tranches selon l’avancement du chantier. Ils s’ajoutent au coût total du crédit.
Le différé est-il utile pour un investissement locatif ? Souvent, oui. Il permet de faire coïncider le début du remboursement avec l’arrivée des premiers loyers, évitant de porter seul les mensualités pendant les travaux ou la recherche de locataire. Le différé partiel reste préférable au différé total si votre trésorerie le permet.
