En 2026, les frais de tenue de compte ont augmenté de 5,9 % en moyenne dans les banques traditionnelles françaises pour atteindre environ 23,40 € par an — certaines enseignes dépassant les 35 € annuels, d’autres restant à zéro.
Longtemps considérés comme une ligne obscure de la brochure tarifaire, ces frais sont devenus un vrai enjeu pour les ménages, surtout combinés aux frais pour carte, aux commissions d’intervention et aux frais d’incident.
Ce guide fait le point sur ce que votre banque a le droit de facturer, ce qui est abusif, et comment réduire concrètement cette ligne de dépense — sans nécessairement changer d’établissement.
Que couvrent (en théorie) les frais de tenue de compte ?
Les frais de tenue de compte rémunèrent la « gestion administrative » du compte courant par la banque : tenue de la comptabilité, édition et envoi des relevés, maintenance informatique, accès aux services bancaires de base. Ils sont distincts de la cotisation carte bancaire, des frais de commission d’intervention en cas de découvert, des frais de virement ou des frais de package (offres groupées).
Ces frais sont parfaitement légaux , à condition que la banque les mentionne explicitement dans la convention de compte, qu’elle vous en ait informé au moment de l’ouverture, et qu’elle respecte un préavis de 2 mois avant toute hausse (article L.312-1-1 du Code monétaire et financier). En l’absence d’opposition écrite de votre part dans ce délai, la hausse est réputée acceptée — c’est pour cela que beaucoup de clients ne s’en aperçoivent qu’au moment du prélèvement.
3 réalités différentes cohabitent sur le marché français en 2026.
Les banques traditionnelles (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, LCL, CIC, Banque Postale, Crédit Mutuel, Caisse d’Épargne) facturent en moyenne entre 20 € et 36 € par an.
Les banques mutualistes régionales (certaines caisses du Crédit Agricole ou du Crédit Mutuel) appliquent des tarifs variables selon les caisses.
Les banques en ligne et néobanques (BoursoBank, Fortuneo, Hello bank!, Monabanq, Revolut, N26) n’en facturent quasiment jamais — c’est un argument commercial majeur.
Ce qui est légal : le cadre réglementaire français
La législation française autorise la facturation de frais de tenue de compte, mais l’entoure de plusieurs garde-fous que les clients doivent connaître pour se défendre.
La transparence tarifaire. Toute banque doit publier gratuitement sa plaquette tarifaire, l’afficher dans ses agences, la rendre accessible en ligne, et en remettre un exemplaire à chaque client à l’ouverture du compte. L’article L.312-1-1 du CMF impose également que, chaque année en janvier, la banque vous envoie un relevé annuel des frais perçus l’année précédente (« extrait standard des tarifs » + « relevé annuel des frais »). Ce document, souvent peu lu, est pourtant l’outil de contrôle le plus précieux.
Le préavis de modification. Toute hausse tarifaire — qu’il s’agisse des frais de tenue de compte ou de tout autre frais bancaire — doit être notifiée 2 mois avant son entrée en vigueur (article L.312-1-1 III du CMF). La notification doit être individuelle (pas juste un affichage en agence). Sans cette notification, la hausse est nulle et vous pouvez réclamer le remboursement.
Le droit au compte et les 12 services gratuits. En cas de refus d’ouverture de compte, la Banque de France peut désigner d’office une banque via la procédure du « droit au compte ». Dans ce cadre, 12 services bancaires de base sont légalement gratuits (dont la domiciliation de virements, la délivrance d’un RIB, les opérations en espèces au guichet de la banque désignée, l’encaissement de chèques…).
Le plafonnement des frais d’incident. Les commissions d’intervention (facturées à chaque opération passée avec un compte en découvert non autorisé) sont plafonnées à 8 € par opération et 80 € par mois pour le grand public, et à 4 € / 20 € par mois pour les clients en situation de fragilité financière identifiés par la banque.
Ce qui n’est pas légal — ou très discutable
Plusieurs pratiques courantes sortent du cadre légal ou flirtent avec l’abus.
Les hausses sans préavis de 2 mois. Si votre banque augmente les frais de tenue de compte sans vous avoir notifié personnellement 2 mois avant (lettre, e-mail, notification dans l’espace client avec accusé de lecture), la hausse est contestable. Vérifiez toujours votre messagerie sécurisée et vos courriers d’information tarifaire.
Les frais de tenue de compte sur un compte clôturé. Depuis la loi Châtel de 2005, la clôture de compte est gratuite — aucune banque ne peut vous facturer la fermeture. Si des frais de tenue de compte vous sont prélevés après la clôture, réclamez leur remboursement immédiatement. Idem pour les « frais de résiliation » ou les « frais de transfert » abusivement appliqués.
Le cumul abusif des commissions d’intervention. Certaines banques facturent plusieurs commissions pour la même opération (ex. un prélèvement refusé génère une commission d’intervention + des frais de rejet). La Cour de cassation a plusieurs fois sanctionné ces cumuls — si vous voyez deux lignes de frais pour la même opération, contestez.
Les frais « sans contrepartie ». Facturer un frais pour un service que la banque rend déjà via un autre canal gratuit, ou pour un service inexistant, est illégal (article L.121-1 du Code de la consommation sur les pratiques commerciales trompeuses). Un exemple fréquent : la facturation d’un « frais de gestion » sur un livret d’épargne réglementé (Livret A, LEP, LDDS), qui est interdite par la réglementation bancaire.
La facturation des relevés papier sans option. Les banques peuvent facturer l’envoi du relevé papier uniquement si le client a été informé de la possibilité de passer au relevé électronique gratuit et qu’il a explicitement refusé. En cas de basculement automatique vers le payant sans choix explicite, la facturation est contestable.
Combien paient vraiment les Français en 2026 ? Comparaison chiffrée
Voici un aperçu indicatif des frais annuels de tenue de compte constatés en avril 2026 (ces chiffres évoluent trimestriellement, à vérifier sur la plaquette en vigueur de chaque enseigne) :
Banques traditionnelles :
- Crédit Agricole (moyenne nationale) : 20 à 36 € selon les caisses régionales
- BNP Paribas : 30 €
- Société Générale : 30 €
- LCL : 24 €
- La Banque Postale : 16,20 € (compte simple)
- Caisse d’Épargne : 25 à 30 € selon les caisses
- Crédit Mutuel / CIC : 17 à 30 € selon les fédérations Banques en ligne :
- BoursoBank : 0 €
- Fortuneo : 0 €
- Hello bank! : 0 €
- Monabanq : 0 € (inclus dans le forfait mensuel) Néobanques :
- N26 : 0 € (formule de base) ou inclus dans les offres payantes
- Revolut : 0 € (formule de base)
- Nickel : 20 € (frais d’ouverture inclus dans la cotisation annuelle unique)
Sur la vie d’un ménage, un écart de 30 € par an entre une banque traditionnelle et une banque en ligne représente 900 € sur 30 ans pour un compte, sans compter les autres frais associés (commissions d’intervention, frais de carte, etc.) qui creusent souvent l’écart encore plus.
Comment réduire (ou supprimer) ces frais concrètement ?
Plusieurs leviers permettent d’agir sans nécessairement changer totalement de banque.
Négocier. C’est la solution la plus simple et souvent sous-utilisée. Un rendez-vous avec votre conseiller, en mettant en avant votre ancienneté, vos revenus, vos autres produits détenus (PER, assurance-vie, crédit immobilier) et en présentant une offre concurrente, permet très souvent d’obtenir une remise totale ou partielle — d’autant plus dans les banques mutualistes où le conseiller a une certaine marge. Formalisez la décision par écrit.
Ouvrir un compte secondaire gratuit. Gardez votre banque principale pour le crédit immobilier ou le conseil patrimonial si vous en avez besoin, mais ouvrez un compte courant gratuit dans une banque en ligne (BoursoBank, Fortuneo, Hello bank!) pour y domicilier une partie de vos opérations courantes. Attention toutefois à vérifier les conditions : certaines offres gratuites exigent un versement mensuel minimum (souvent 1 000 à 1 500 €) ou un usage minimum de la carte.
Profiter de la mobilité bancaire. Depuis la loi Macron de 2017, le service d’aide à la mobilité bancaire (SAMB) permet à la nouvelle banque de transférer automatiquement tous vos prélèvements et virements récurrents en 22 jours ouvrés, gratuitement. Aucune démarche administrative de votre côté (hors signature du mandat) — la nouvelle banque s’occupe de tout.
Consulter et contester chaque janvier. Le relevé annuel des frais envoyé par votre banque en janvier est un outil de contrôle majeur. Cherchez les lignes inexpliquées, les cumuls anormaux, les hausses non notifiées. Chaque contestation motivée a un taux de succès élevé — surtout via le médiateur bancaire interne, puis externe.
Activer la procédure de fragilité financière si elle s’applique. Si vous êtes détecté comme client en situation de fragilité financière (découvert récurrent, interdit bancaire, bénéficiaire de minima sociaux), votre banque doit vous proposer l’offre spécifique à 3 € par mois maximum (services bancaires de base avec moyens de paiement adaptés), avec des commissions d’intervention plafonnées à 4 €/opération et 20 €/mois.
Les frais de tenue de compte ne sont pas un mal nécessaire : ils reflètent un modèle économique que les banques traditionnelles ont étendu sans que beaucoup de clients ne s’en aperçoivent. En 2026, avec une hausse moyenne de 5,9 % et un contexte économique tendu pour les ménages, ces frais méritent un vrai coup d’œil. La loi vous protège — encore faut-il connaître vos droits : préavis de 2 mois, transparence tarifaire obligatoire, plafonnement des commissions d’intervention, gratuité de la clôture, 12 services de base gratuits via le droit au compte.
À faire cette semaine : sortez votre relevé annuel des frais 2025, lisez-le ligne par ligne, et comparez le total à ce que proposent deux banques en ligne. Si l’écart dépasse 50 € par an, vous avez trois options : négocier, ouvrir un compte secondaire gratuit, ou utiliser la mobilité bancaire pour changer complètement. Dans les trois cas, vous aurez agi — ce que fait très peu de monde, et c’est précisément pour cela que les banques peuvent augmenter leurs tarifs année après année sans grande résistance.
FAQ — Frais de tenue de compte 2026
Ma banque peut-elle supprimer les frais de tenue de compte sur simple demande ?
Oui, un conseiller dispose presque toujours d’une marge de négociation — jusqu’à 100 % de remise pour les bons clients (ancienneté, produits multiples détenus, revenus domiciliés). La clé : formuler la demande de façon argumentée et écrite, en mettant en avant une offre concurrente chiffrée. Beaucoup de clients obtiennent la gratuité totale pendant 1 ou 2 ans, à renégocier ensuite.
Les banques en ligne facturent-elles vraiment zéro frais de tenue de compte ?
Les principales banques en ligne (BoursoBank, Fortuneo, Hello bank!, Monabanq dans certaines formules) ne facturent aucun frais de tenue de compte. Elles peuvent toutefois appliquer des frais si vous n’utilisez pas votre carte un nombre minimum de fois par mois, ou si vous ne respectez pas les conditions de revenus/dépôts minimums. Lisez la grille tarifaire complète avant d’ouvrir.
Peut-on récupérer les frais de tenue de compte prélevés après la clôture ?
Oui. La clôture d’un compte bancaire est gratuite depuis 2005, et tout prélèvement postérieur à la clôture effective est indu. Réclamez-le par lettre recommandée avec accusé de réception, puis saisissez le médiateur bancaire si la banque refuse. Le remboursement est quasi systématique.
Les livrets d’épargne peuvent-ils faire l’objet de frais de tenue de compte ?
Non, jamais — sur les livrets réglementés (Livret A, LEP, LDDS, Livret Jeune), la facturation de frais de tenue est strictement interdite par la réglementation. Sur les livrets non réglementés (« super-livrets », livrets bancaires commerciaux), la gratuité est quasi universelle mais n’est pas une obligation légale.
Comment contester une hausse des frais de tenue de compte sans préavis ?
Écrivez à votre agence en lettre recommandée avec accusé de réception en invoquant l’article L.312-1-1 du Code monétaire et financier qui impose un préavis de 2 mois avant toute modification tarifaire. Demandez le remboursement des frais indûment prélevés. Si la banque refuse, saisissez son médiateur interne, puis le médiateur de l’AMF ou de la Banque de France selon le cas.
Pour aller plus loin :
- Comparatif des tarifs des banques — pour comparer finement le coût total d’un compte selon votre usage
- Les 12 services gratuits dans toutes les banques — la liste des prestations dues gratuitement par chaque établissement
