Si vous avez acheté du Bitcoin, de l’Ethereum ou d’autres crypto-monnaies et réalisé une plus-value, le fisc peut évidemment réclamer sa part.
Mais contrairement à une idée encore répandue, posséder des cryptomonnaies qui prennent de la valeur ne suffit pas nécessairement à déclencher immédiatement un impôt.
Pour un particulier, c’est principalement la cession imposable qui compte : vente contre des euros, achat d’un bien ou d’un service avec des cryptomonnaies ou certaines opérations comprenant une soulte.
Un Bitcoin acheté 20 000 € puis valorisé 80 000 € ne génère donc pas, à lui seul, 60 000 € de plus-value imposable tant qu’aucune cession imposable n’est réalisée.
En revanche, dès que les crypto-actifs sont convertis en monnaie ayant cours légal ou utilisés pour payer certains biens ou services, le fisc entre dans la partie.
Voir aussi : Faut-il investir en Bitcoins ?
Et : Comment la Blockchain va détruire les banques et les états
Quelle est la fiscalité des cryptomonnaies en 2026 ?
Le régime fiscal français des crypto-actifs est aujourd’hui beaucoup plus précis qu’à l’époque où l’administration tentait encore de faire entrer Bitcoin dans les anciennes catégories BIC ou BNC.
Pour les particuliers qui achètent et vendent des crypto-actifs dans le cadre de la gestion normale de leur patrimoine privé, les plus-values sont soumises au régime prévu par l’article 150 VH bis du Code général des impôts.
En 2026, la plus-value imposable est soumise par défaut au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, composé de :
- 12,8 % d’impôt sur le revenu ;
- 18,6 % de prélèvements sociaux.
Le taux global de 30 % longtemps appliqué aux cryptomonnaies n’est donc plus à jour en 2026.
Peut-on choisir le barème de l’impôt sur le revenu ?
Oui.
Depuis l’imposition des revenus de 2023, les particuliers peuvent renoncer à la taxation forfaitaire et opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Cette possibilité peut être intéressante pour les contribuables faiblement imposés.
L’option s’effectue dans la déclaration de revenus en cochant la case 3CN.
Attention : cette option concerne globalement les plus-values de cession d’actifs numériques du foyer fiscal pour l’année concernée.
Elle est indépendante de l’option appliquée aux revenus de capitaux mobiliers et aux plus-values mobilières classiques.
Il faut donc réellement comparer les deux modes de calcul avant de choisir.
Toutes les ventes de cryptomonnaies sont-elles imposables ?
Non.
Certaines opérations échappent à l’imposition immédiate.
C’est notamment le cas des échanges entre actifs numériques effectués sans soulte.
Par exemple, échanger directement du Bitcoin contre de l’Ethereum ne déclenche en principe pas à lui seul l’imposition de la plus-value.
L’imposition est reportée jusqu’à une opération qui sort du système des actifs numériques.
En revanche, sont notamment susceptibles de constituer des opérations imposables :
- la vente de Bitcoin contre des euros ;
- la vente d’Ethereum contre des dollars ;
- l’utilisation de cryptomonnaies pour acheter un ordinateur ;
- l’utilisation de cryptomonnaies pour payer un voyage ou une prestation ;
- certains échanges comportant une soulte en monnaie classique.
Autrement dit, dépenser directement ses cryptos ne permet pas d’échapper automatiquement à l’impôt.
L’exonération de 305 euros existe toujours
Il existe cependant une petite franchise.
Lorsque le montant total annuel des cessions imposables du foyer fiscal ne dépasse pas 305 €, les plus-values correspondantes sont exonérées.
Attention à une confusion fréquente : ce seuil de 305 € concerne le montant total des cessions, pas le montant de la plus-value.
Si vous vendez 1 000 € de Bitcoin avec seulement 50 € de bénéfice, vous avez dépassé le seuil de 305 € de cessions.
Le seuil n’est donc pas une franchise de 305 € de bénéfices.
Comment calculer une plus-value avec des cryptomonnaies ?
Le calcul fiscal n’est pas aussi simple que :
prix de vente – prix d’achat du Bitcoin vendu.
L’administration raisonne sur l’ensemble du portefeuille de crypto-actifs du foyer fiscal.
La formule est la suivante :
Plus ou moins-value = prix de cession – [prix total d’acquisition du portefeuille × prix de cession / valeur globale du portefeuille]
Cette formule permet de déterminer la fraction du capital initial correspondant aux crypto-actifs qui viennent d’être cédés.
Exemple de calcul d’une plus-value crypto
Vous avez investi au total 10 000 € dans différentes cryptomonnaies.
Au moment d’une vente, votre portefeuille vaut 20 000 €.
Vous revendez 5 000 € de cryptomonnaies.
La fraction de votre capital initial correspondant à cette vente est :
10 000 × 5 000 / 20 000 = 2 500 €.
Votre plus-value sur cette cession est donc :
5 000 – 2 500 = 2 500 €.
Ce n’est donc pas nécessairement le prix d’achat exact des Bitcoin, Ethereum ou autres tokens vendus qui est utilisé.
Qu’est-ce que le prix total d’acquisition du portefeuille ?
Le prix total d’acquisition correspond notamment à la somme des montants payés en monnaie ayant cours légal pour acheter l’ensemble des crypto-actifs détenus par le foyer fiscal.
Il peut également tenir compte de la valeur de biens ou services remis en contrepartie de l’acquisition de crypto-actifs.
Ce montant doit ensuite être corrigé pour tenir compte des fractions de capital initial déjà utilisées lors de cessions précédentes.
La fiscalité des cryptomonnaies fonctionne donc avec un système de portefeuille global.
Pour quelqu’un qui effectue des dizaines ou centaines de transactions, le calcul devient vite pénible sans logiciel spécialisé ou historique précis des opérations.
Comment calculer la valeur globale du portefeuille ?
La valeur globale correspond à la valeur de tous les actifs numériques détenus par les membres du foyer fiscal au moment de la cession imposable.
Il faut prendre en compte les cryptomonnaies détenues :
- sur les plateformes françaises ;
- sur les plateformes étrangères ;
- sur les portefeuilles logiciels ;
- sur les hardware wallets ;
- sur les systèmes de conservation hors ligne.
On ne peut donc pas calculer la plus-value uniquement à partir du compte sur lequel a lieu la vente.
Si vous détenez des Bitcoin sur une plateforme, des Ethereum sur une autre et des crypto-actifs sur un Ledger, tous ces actifs doivent en principe être intégrés dans la valeur globale du portefeuille utilisée pour le calcul.
La valeur est déterminée en euros au moment de chaque cession.
L’administration accepte l’utilisation de méthodes courantes de valorisation, notamment les historiques de cotation disponibles sur les principales plateformes et sites spécialisés.
Les frais de transaction peuvent-ils être déduits ?
Oui, sous certaines conditions.
Le prix de cession peut être diminué des frais directement supportés à l’occasion de cette cession, à condition de pouvoir les justifier.
Il peut notamment s’agir :
- des commissions prélevées par une plateforme ;
- des frais directement liés à la transaction ;
- de certains frais de réseau ou de validation.
Il est donc utile de conserver les historiques d’opérations et les relevés des plateformes.
Que se passe-t-il si vous ne pouvez pas justifier le prix d’achat ?
C’est là que la conservation des justificatifs devient très importante.
Le contribuable doit pouvoir justifier les éléments utilisés pour déterminer son prix total d’acquisition et ses plus-values.
Les anciens achats effectués sur des plateformes disparues ou depuis des comptes dont les historiques n’ont pas été sauvegardés peuvent donc devenir problématiques.
Conservez notamment :
- les relevés de transactions ;
- les preuves de virements bancaires ;
- les confirmations d’achats ;
- les historiques CSV des plateformes ;
- les adresses de wallets ;
- les justificatifs des frais.
Plus le portefeuille crypto est ancien, plus cette documentation peut devenir importante en cas de contrôle fiscal.
Comment sont traitées les moins-values sur cryptomonnaies ?
Les règles restent particulièrement défavorables sur ce point.
Les moins-values réalisées sur les actifs numériques peuvent compenser les plus-values de même nature réalisées au cours de la même année.
En revanche, une moins-value crypto ne peut pas être utilisée pour réduire une plus-value immobilière, boursière ou réalisée sur un autre type de bien.
Surtout, contrairement à certaines moins-values sur valeurs mobilières, la moins-value sur actifs numériques ne peut pas être reportée sur les années suivantes.
Si vous réalisez 10 000 € de moins-value en 2026 et 10 000 € de plus-value en 2027, vous ne pourrez donc pas utiliser la perte de 2026 pour annuler fiscalement le gain de 2027.
Où déclarer les plus-values sur cryptomonnaies ?
Les particuliers doivent utiliser l’annexe n° 2086, consacrée aux plus ou moins-values de cessions d’actifs numériques.
En déclaration en ligne, elle se trouve dans les déclarations annexes.
Il faut y détailler les opérations imposables et les différents éléments servant au calcul.
Le montant annuel obtenu est ensuite reporté automatiquement dans la déclaration principale :
- case 3AN pour une plus-value ;
- case 3BN pour une moins-value.
Pour une déclaration papier, le contribuable doit reporter lui-même ces montants sur la déclaration complémentaire n° 2042 C et joindre la déclaration n° 2086.
Même lorsque le montant annuel des cessions reste inférieur au seuil d’exonération de 305 €, la déclaration 2086 peut rester nécessaire pour renseigner les cessions concernées.
Quand faut-il utiliser la case 3CN ?
La case 3CN sert à demander l’application du barème progressif de l’impôt sur le revenu à la place du taux forfaitaire de 12,8 % applicable à la plus-value.
Ce choix peut notamment être intéressant pour un contribuable dont la tranche marginale d’imposition est faible.
Mais il faut faire le calcul au cas par cas, car les prélèvements sociaux restent dus.
Il ne faut pas confondre cette case 3CN avec la case 2OP, qui concerne l’option pour le barème progressif applicable à certains revenus et plus-values mobilières.
Trading crypto intensif : particulier ou professionnel ?
L’ancien raisonnement selon lequel des opérations « habituelles » étaient automatiquement classées en BIC est dépassé.
Depuis les revenus de 2023, ce n’est plus simplement le nombre de transactions qui permet de distinguer un investisseur particulier d’une activité assimilable à celle d’un professionnel.
Une personne qui réalise de nombreuses opérations peut parfaitement rester dans le régime fiscal des particuliers.
En revanche, lorsque les opérations sont effectuées dans des conditions analogues à celles caractérisant une activité professionnelle, les gains peuvent relever des bénéfices non commerciaux, ou BNC.
L’administration examine notamment :
- les moyens matériels et informatiques utilisés ;
- les techniques de trading employées ;
- le niveau de sophistication des opérations ;
- les compétences du contribuable ;
- sa formation ;
- l’organisation mise en place pour effectuer les transactions.
Le simple fait d’acheter et vendre régulièrement des cryptomonnaies ne suffit donc plus, à lui seul, à faire basculer automatiquement le contribuable dans un régime professionnel.
L’administration précise d’ailleurs que cette qualification devrait concerner des situations relativement exceptionnelles.
Quelle fiscalité pour le minage de Bitcoin et de cryptomonnaies ?
Le minage suit un régime différent de celui de l’investisseur qui achète puis revend des cryptomonnaies.
Les revenus issus du minage sont imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, ou BNC.
Ce traitement s’explique par le fait que les crypto-actifs sont obtenus en contrepartie de la participation du contribuable au fonctionnement du réseau.
Lorsque les crypto-actifs sont attribués gratuitement dans ce cadre, leur valeur d’acquisition retenue pour certains calculs fiscaux est nulle selon les règles prévues par l’administration.
L’activité peut, selon son niveau de recettes et sa situation, relever du régime micro-BNC ou du régime de la déclaration contrôlée.
En 2026, le seuil du régime micro-BNC a été porté à 83 600 € de recettes.
Dans le régime micro-BNC, le bénéfice imposable est calculé après application d’un abattement forfaitaire de 34 %.
Au régime réel de la déclaration contrôlée, les dépenses professionnelles effectivement déductibles peuvent être prises en compte sous réserve de respecter les règles fiscales applicables.
Et le staking de cryptomonnaies ?
Le staking doit lui aussi être distingué d’une simple plus-value obtenue lors de la vente d’une cryptomonnaie.
L’administration fiscale indique que les bénéfices provenant notamment des activités de staking relèvent des BNC.
Le revenu tiré du staking n’est donc pas nécessairement traité de la même manière qu’une plus-value réalisée sur la simple revente d’un Bitcoin acheté plusieurs années auparavant.
Il faut par ailleurs distinguer l’imposition du revenu reçu grâce au staking de l’éventuelle plus-value ultérieure réalisée lorsque les crypto-actifs obtenus sont revendus.
Faut-il déclarer ses comptes crypto à l’étranger ?
Oui, lorsque les conditions légales sont réunies.
Les comptes d’actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès de plateformes établies à l’étranger doivent être déclarés à l’administration fiscale.
Cette déclaration est réalisée avec le formulaire n° 3916-3916 bis, en même temps que la déclaration annuelle de revenus.
Une déclaration doit être effectuée pour chacun des comptes concernés.
Cette obligation est distincte de la déclaration des plus-values.
Vous pouvez donc avoir réalisé zéro vente imposable et devoir malgré tout déclarer l’existence d’un compte crypto détenu à l’étranger.
Inversement, fermer un compte au cours de l’année ne dispense pas nécessairement de le déclarer pour cette année.
Quelle amende si un compte crypto étranger n’est pas déclaré ?
L’ancien chiffre d’une amende pouvant simplement atteindre 10 000 € mérite d’être précisé.
La sanction de base est de 750 € par portefeuille ou compte non déclaré et de 125 € par omission ou inexactitude, avec un plafond de 10 000 € par déclaration.
Lorsque la valeur des portefeuilles concernés dépasse 50 000 € à un moment quelconque de l’année, les montants sont portés à :
- 1 500 € par portefeuille non déclaré ;
- 250 € par omission ou inexactitude.
La réglementation déclarative s’est par ailleurs élargie et continue d’évoluer avec le développement des crypto-actifs et des obligations de transmission d’informations imposées aux prestataires.
Croire que l’administration fiscale ne peut pas connaître l’existence d’un compte étranger devient donc de plus en plus risqué.
Le fisc reçoit de plus en plus d’informations sur les cryptomonnaies
La période où les plateformes crypto fonctionnaient presque complètement hors du radar fiscal européen se termine progressivement.
Les prestataires de services sur crypto-actifs sont de plus en plus encadrés et les dispositifs européens et internationaux renforcent les échanges d’informations entre plateformes et administrations.
Les contribuables qui espèrent simplement que leur plateforme ou leur compte crypto restera invisible prennent donc un pari de plus en plus mauvais.
L’administration dispose également de pouvoirs de contrôle classiques : demandes d’informations, contrôle des mouvements bancaires, analyse de l’origine des fonds et comparaison avec les revenus déclarés.
Un virement important provenant d’une plateforme crypto vers un compte bancaire peut évidemment attirer l’attention s’il ne correspond pas aux revenus ou plus-values déclarés.
Faut-il payer un impôt simplement parce que Bitcoin monte ?
Non.
C’est un point important.
Une hausse de la valeur de votre portefeuille crypto ne signifie pas que vous devez payer immédiatement un impôt.
Si vous avez acheté pour 10 000 € de Bitcoin et que votre portefeuille vaut désormais 50 000 €, cette plus-value latente n’est pas automatiquement taxée.
L’événement fiscal intervient principalement lors d’une cession imposable.
Vous pouvez donc voir votre portefeuille augmenter fortement sans avoir à payer immédiatement d’impôt sur cette hausse.
Mais dès que vous transformez une partie de cette valeur en euros ou que vous utilisez vos crypto-actifs pour acheter un bien ou un service, il faut vérifier si une plus-value imposable a été réalisée.
Crypto contre crypto : faut-il déclarer l’échange ?
L’échange direct d’un actif numérique contre un autre sans soulte bénéficie en principe d’un sursis d’imposition.
Passer du Bitcoin à l’Ethereum, de l’Ethereum à un stablecoin qualifié d’actif numérique ou d’un token à un autre ne déclenche donc pas nécessairement une taxation immédiate.
La logique fiscale est différente lorsqu’une somme en monnaie ayant cours légal est reçue dans l’opération.
Il faut également rester prudent avec les stablecoins et les nouveaux produits crypto : leur qualification juridique et fiscale doit être vérifiée selon leur nature exacte.
Payer directement en Bitcoin n’évite pas l’impôt
Un autre piège consiste à penser qu’il suffit de ne jamais convertir ses cryptomonnaies en euros.
C’est faux.
Acheter une voiture, un ordinateur, un billet d’avion ou n’importe quel autre bien avec des crypto-actifs constitue en principe une cession à titre onéreux.
Le prix du bien acheté devient alors un élément permettant de déterminer le prix de cession.
Vous pouvez donc devoir payer un impôt sur une plus-value sans avoir reçu le moindre euro sur votre compte bancaire.
Fiscalité crypto : ce qu’il faut retenir en 2026
Le système français est aujourd’hui beaucoup plus structuré qu’au début du Bitcoin.
Pour un particulier gérant son patrimoine privé, la règle générale est désormais claire : les cessions imposables de crypto-actifs relèvent du régime spécifique des actifs numériques.
Le PFU atteint 31,4 % en 2026, mais le contribuable peut opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Les échanges crypto contre crypto sans soulte bénéficient en principe d’un sursis d’imposition et les cessions annuelles ne dépassant pas 305 € sont exonérées.
Les moins-values ne sont imputables que sur les plus-values crypto de la même année et ne sont pas reportables.
Les gains doivent être détaillés sur le formulaire 2086, puis reportés en 3AN ou 3BN. L’option pour le barème progressif passe par la case 3CN.
Le minage et le staking relèvent quant à eux des BNC, de même que certaines activités d’achat et de vente exercées dans des conditions analogues à celles d’un professionnel.
Enfin, les comptes et portefeuilles concernés détenus auprès de prestataires établis à l’étranger doivent être déclarés avec le formulaire 3916-3916 bis.
La crypto peut se passer d’une banque. Elle ne se passe pas pour autant du fisc.
