Passé 60 ans, il serait tentant de considérer que l’essentiel du travail patrimonial est terminé. C’est une erreur. À cet âge, les choix d’investissement restent déterminants, mais les objectifs changent : il faut préparer la baisse éventuelle des revenus, conserver suffisamment de liquidités, éviter une prudence excessive et organiser la transmission.
L’âge influence aussi directement la fiscalité de certains placements. Après 70 ans, le régime successoral des versements sur une assurance-vie change. Pour un PER, les règles applicables en cas de décès varient également selon l’âge. Enfin, le démembrement devient moins favorable fiscalement à mesure que l’âge de l’usufruitier augmente.
Autrement dit, entre 60, 70 et 80 ans, il ne suffit pas de conserver les placements ouverts vingt ans plus tôt. Il faut revoir leur utilité.
Après 60 ans, il ne faut pas arrêter d’investir
Le premier piège consiste à devenir brutalement trop prudent à l’approche de la retraite. Voir aussi Obtenir un prêt quand on est âgé de + de 60 ans
La fin de la vie professionnelle ne signifie pas la fin de la capacité d’épargne. Pour de nombreux ménages, le patrimoine continue même de progresser après la retraite. Les enfants sont souvent autonomes, le crédit immobilier de la résidence principale est remboursé ou proche de l’être et certaines dépenses diminuent.
Surtout, l’horizon de placement reste long.
À 60 ou 65 ans, il reste potentiellement plusieurs décennies à financer. Une personne de cet âge ne doit donc pas raisonner comme si tout son patrimoine devait être disponible immédiatement.
C’est précisément ce qui rend discutable la vieille règle consistant à calculer la part d’actions en retranchant son âge de 100. Selon cette méthode, un épargnant de 60 ans ne devrait détenir que 40 % d’actions et un épargnant de 80 ans seulement 20 %. Cette règle est trop mécanique.
Le véritable risque n’est pas uniquement la volatilité des marchés. Une allocation trop prudente peut également poser problème : rendement insuffisant, perte de pouvoir d’achat face à l’inflation et difficulté à générer des revenus pendant une retraite qui peut durer vingt ou trente ans.
Pourquoi le 100 % sécurisé est rarement une bonne stratégie
Un portefeuille composé exclusivement de livrets et de fonds en euros paraît rassurant. Il peut pourtant être mal adapté à un horizon long.
L’objectif n’est pas non plus de basculer à l’extrême inverse avec un portefeuille intégralement investi en actions.
Une allocation cohérente repose plutôt sur plusieurs compartiments.
Une première poche doit fournir les liquidités nécessaires aux dépenses courantes et aux imprévus. Une deuxième peut regrouper des actifs relativement sécurisés destinés à financer les besoins à court et moyen terme. Une troisième peut conserver des placements orientés vers la croissance : actions, ETF, immobilier ou autres actifs adaptés au profil de l’épargnant.
Cette logique évite d’avoir à vendre des actifs risqués au mauvais moment simplement pour financer une dépense imprévue.
L’allocation dépend donc moins de l’âge pris isolément que de la situation réelle de l’épargnant : montant de la retraite, dépenses, patrimoine disponible, projets, capacité à supporter les fluctuations et objectifs de transmission.
Une personne disposant de revenus de retraite largement supérieurs à ses dépenses peut conserver davantage d’actifs dynamiques qu’une personne du même âge qui doit régulièrement prélever dans son capital.
Quelle allocation patrimoniale entre 60 et 70 ans ?
Entre 60 et 70 ans, l’horizon d’investissement reste important. Il est donc généralement prématuré de liquider les placements dynamiques simplement parce que la retraite approche.
Pour un profil équilibré, une allocation indicative peut être organisée autour d’environ 55 % d’actifs de croissance et 45 % de placements diversifiés, avec une poche de liquidités adaptée aux besoins immédiats.
La réserve de liquidités peut représenter environ un à trois ans de dépenses, avec un taux de retrait indicatif de 2,5 à 3,5 % par an.
Ces chiffres ne constituent évidemment pas une règle universelle. Le bon niveau de risque dépend notamment du montant des pensions, du patrimoine immobilier, des autres revenus et de l’utilisation prévue du capital.
Entre 70 et 80 ans, la liquidité devient plus importante
À partir de 70 ans, la logique commence à évoluer.
Il reste pertinent de conserver une partie d’actifs dynamiques, notamment lorsque le patrimoine doit continuer à produire du rendement pendant plusieurs années ou être transmis à la génération suivante.
En revanche, la part des actifs immobilisés ou difficiles à vendre mérite d’être examinée de près.
Pour un profil équilibré entre 70 et 80 ans, une allocation indicative peut comprendre environ 40 % d’actifs de croissance et 55 % d’actifs diversifiés, avec une poche de liquidités correspondant approximativement à deux à quatre années de besoins.
Le taux annuel de retrait envisagé reste de l’ordre de 2,5 à 3,5 %.
Le problème n’est donc pas seulement le risque financier. C’est aussi le risque d’illiquidité.
Un patrimoine conséquent composé presque exclusivement de biens immobiliers peut être beaucoup moins confortable à gérer qu’un patrimoine plus diversifié.
Après 80 ans, simplicité et disponibilité deviennent prioritaires
Après 80 ans, l’organisation patrimoniale doit généralement devenir plus simple.
Il faut notamment éviter d’accumuler des produits complexes, difficiles à comprendre, difficiles à vendre ou imposant de longues procédures aux héritiers.
Pour un profil équilibré, l’allocation indicative peut passer à environ 35 % d’actifs de croissance et 62 % de placements diversifiés. La réserve disponible peut représenter trois à cinq années de besoins, avec un taux annuel de retrait de 2 à 3 %.
L’objectif devient progressivement double : disposer rapidement de l’argent nécessaire et simplifier la gestion future du patrimoine.
Attention à l’immobilier locatif après 70 ans
Un investissement locatif constitue un patrimoine tangible, mais il n’est pas nécessairement adapté à toutes les étapes de la retraite.
À 70 ou 80 ans, gérer les travaux, les locataires, les impayés, les changements de réglementation et la fiscalité peut devenir pesant. Le problème est encore plus évident lorsque les enfants qui hériteront du bien n’ont aucune envie de poursuivre cette gestion.
Il faut donc examiner la rentabilité réelle du patrimoine immobilier.
Un appartement affichant 2 % de rendement net alors que certains placements obligataires peuvent offrir davantage sans les mêmes contraintes mérite au minimum d’être réévalué.
Cela ne signifie pas qu’il faut vendre systématiquement l’immobilier à partir de 70 ans. Cela signifie qu’il faut arrêter de considérer un bien immobilier comme intouchable sous prétexte qu’il a été acheté vingt ou trente ans auparavant.
La question est simple : ce bien est-il encore utile, suffisamment rentable et adapté au projet de transmission ?
SCPI et immobilier : ne négligez pas le risque d’illiquidité
Les SCPI posent un autre problème.
Elles peuvent procurer des revenus et permettre d’investir dans l’immobilier sans gérer directement des logements. Mais les parts ne disposent pas de la même liquidité qu’un livret ou qu’un portefeuille de titres cotés.
Lorsque la demande de retrait devient importante et que les acquéreurs sont insuffisants, les délais de vente peuvent s’allonger.
Le risque est particulièrement gênant lorsqu’un épargnant âgé doit récupérer rapidement une somme importante.
Il existe par exemple des situations dans lesquelles des épargnants de 75 ou 76 ans doivent disposer rapidement de 150 000 euros alors qu’une grande partie de leur patrimoine reste investie dans des SCPI dont les parts sont en attente de retrait.
La question de la succession se pose également. Les héritiers peuvent devoir payer des droits alors qu’une partie du patrimoine transmis reste difficile à vendre.
Assurance-vie après 70 ans : pourquoi il ne faut pas l’abandonner
L’assurance-vie reste un outil patrimonial particulièrement intéressant après 70 ans, mais il faut distinguer les versements effectués avant et après cet âge.
Le traitement successoral n’est pas le même.
Pour les primes versées après 70 ans, l’article 757 B du Code général des impôts prévoit un régime particulier avec un abattement global de 30 500 euros sur les primes concernées. Les gains générés par ces versements ne sont, en revanche, pas intégrés à cette assiette de taxation successorale.
L’existence de cette fiscalité différente ne signifie donc pas qu’il faut cesser d’alimenter une assurance-vie dès son 70e anniversaire.
Le rendement obtenu après le versement peut lui-même présenter un intérêt patrimonial.
Faut-il ouvrir une nouvelle assurance-vie après 70 ans ?
Une stratégie peut consister à distinguer les contrats ou les versements selon leur date.
L’idée est de faciliter le suivi entre les sommes versées avant 70 ans et celles investies ensuite.
Certains épargnants ayant ouvert une assurance-vie très tardivement en effectuant immédiatement des versements massifs peuvent toutefois s’exposer à des difficultés au moment de la succession, notamment lorsque les primes peuvent être considérées comme manifestement exagérées au regard de leur situation.
Il ne suffit donc pas de déposer une somme importante sur une assurance-vie à 75 ou 80 ans en supposant que l’opération permettra automatiquement d’échapper aux règles successorales.
Le montant, l’âge, le patrimoine, les revenus et l’utilité réelle du contrat doivent rester cohérents.
Peut-on ouvrir une assurance-vie à 70, 80 ou 85 ans ?
Il n’existe pas un âge légal unique interdisant l’ouverture d’une assurance-vie.
Dans la pratique, chaque assureur applique cependant sa propre politique.
Certains contrats ne prévoient pas de limite d’âge, tandis que d’autres arrêtent les souscriptions à 80 ou 85 ans.
Après 85 ans, les assureurs peuvent aussi appliquer des contrôles renforcés. Ils cherchent notamment à vérifier que la souscription correspond réellement à la volonté de l’épargnant et qu’elle ne risque pas de provoquer ultérieurement un conflit entre héritiers et bénéficiaires.
Des questionnaires complémentaires peuvent être demandés et, dans certains cas, un certificat médical peut être sollicité.
Un assureur reste également libre de refuser une nouvelle souscription. Il peut alors orienter le client vers d’autres solutions, notamment un contrat de capitalisation.
Assurance-vie : l’assureur peut limiter les investissements risqués
Avec l’âge, certains assureurs imposent également des restrictions sur l’allocation financière.
Ils peuvent par exemple exiger qu’une partie minimale du contrat reste investie sur le fonds en euros ou limiter l’exposition aux unités de compte les plus risquées.
Certains assureurs peuvent ainsi limiter le niveau de risque à des supports classés SRI 2 ou 3 sur une échelle allant jusqu’à 7.
Des dérogations peuvent parfois être obtenues, mais elles sont étudiées individuellement et peuvent nécessiter une validation juridique interne.
Changer de bénéficiaire d’une assurance-vie à un âge avancé
La clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie peut en principe être modifiée.
Mais une modification intervenue très peu de temps avant le décès peut être contestée, surtout lorsqu’elle modifie profondément la répartition entre les bénéficiaires.
La vigilance est encore plus forte lorsque la personne est très âgée ou lorsque ses capacités peuvent être discutées.
Il est donc préférable de formaliser clairement la décision et d’en conserver une preuve écrite et datée.
Lorsque l’enjeu patrimonial est important, l’intervention d’un professionnel peut également permettre de mieux sécuriser l’opération.
Voir aussi Démembrement d’une assurance-vie
Le PER après 70 ans : attention aux limites de souscription
Le PER reste un autre sujet sensible.
Dans la pratique, les limites d’âge diffèrent selon les établissements. Certains contrats ne prévoient pas de limite d’âge, tandis que d’autres fixent des plafonds à 65, 68, 70, 71, 75 ou 80 ans.
Certains contrats peuvent également fixer la limite en fonction de l’âge légal de départ à la retraite.
Le choix du PER doit donc être effectué bien avant une souscription tardive : tous les établissements n’accepteront pas nécessairement un nouveau client de 70 ou 75 ans.
Transmission : pourquoi l’âge de 70 ans change beaucoup de choses
À partir de 70 ans, la stratégie de transmission mérite une véritable révision.
La fiscalité de l’assurance-vie change pour les nouveaux versements. Le barème du démembrement évolue avec l’âge. Le contrat de capitalisation peut devenir plus intéressant dans certaines stratégies familiales.
Cela impose de raisonner placement par placement.
Il ne faut pas chercher uniquement le meilleur rendement. Il faut aussi regarder ce qui se passera au décès du souscripteur : taxation, transmission aux héritiers, liquidité des actifs et simplicité des démarches.
Démembrement de propriété : plus on attend, plus la nue-propriété vaut cher
Le démembrement permet de séparer l’usufruit et la nue-propriété.
Le barème fiscal dépend de l’âge de l’usufruitier. Entre 51 et 60 ans, l’usufruit et la nue-propriété sont valorisés chacun à 50 %. À mesure que l’âge augmente, la valeur fiscale de l’usufruit diminue et celle de la nue-propriété progresse.
C’est important car les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété transmise.
Plus une donation avec réserve d’usufruit est réalisée tardivement, plus l’assiette taxable de la nue-propriété peut donc être importante.
Attendre systématiquement n’est donc pas nécessairement une bonne stratégie.
Démembrer un bien immobilier pour préparer la succession
Une personne propriétaire d’un logement locatif peut donner la nue-propriété à ses enfants tout en conservant l’usufruit.
Elle continue alors à percevoir les loyers tout en préparant la transmission du bien.
Au décès de l’usufruitier, les nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété.
Cette organisation peut être particulièrement intéressante lorsque la transmission est préparée suffisamment tôt.
Elle nécessite toutefois une vraie coordination familiale. Les enfants deviennent nus-propriétaires et certaines décisions concernant le bien peuvent nécessiter leur participation.
Le contrat de capitalisation retrouve de l’intérêt après 70 ans
Le contrat de capitalisation ressemble beaucoup à l’assurance-vie dans son fonctionnement financier : fonds en euros, unités de compte, arbitrages et gestion patrimoniale.
Mais il présente une différence majeure : il ne disparaît pas automatiquement au décès du souscripteur.
Il fait partie de la succession et peut être transmis.
Il peut aussi faire l’objet d’une donation, notamment sous forme de démembrement.
Cette caractéristique en fait un outil intéressant pour organiser la transmission après 70 ans.
Donation de la nue-propriété d’un contrat de capitalisation
Une stratégie consiste à donner la nue-propriété d’un contrat de capitalisation aux enfants tout en conservant l’usufruit.
L’intérêt est double.
La donation ne porte fiscalement que sur la valeur de la nue-propriété calculée selon l’âge du donateur. Ensuite, l’usufruitier peut continuer à bénéficier des droits prévus par la convention de démembrement.
Prenons l’exemple d’un épargnant de 70 ans qui possède 1 million d’euros et souhaite organiser sa succession au profit de trois enfants. Le contrat est conservé pendant quinze ans, jusqu’à ses 85 ans.
Avec un rendement annuel de 2,5 %, le capital atteint environ 1,448 million d’euros. Avec 5 %, il dépasse 2,078 millions d’euros. Avec une hypothèse de 10 %, il atteint environ 4,177 millions d’euros.
En transmission classique en pleine propriété, les droits de succession estimés dans cet exemple atteignent respectivement environ 224 243 euros, 362 564 euros et 1 108 934 euros.
Dans un scénario reposant sur une donation à 70 ans de la nue-propriété du contrat, les droits sont estimés à 54 582 euros.
L’économie fiscale théorique ressort alors à environ 169 661 euros dans le scénario à 2,5 %, 307 982 euros avec un rendement de 5 % et plus de 1,05 million d’euros dans le scénario à 10 %.
Ces chiffres sont évidemment liés aux hypothèses particulières de la simulation. Ils montrent néanmoins l’impact que peut avoir une transmission anticipée lorsque la valeur du patrimoine augmente fortement.
Prévoir précisément les droits de l’usufruitier et des nus-propriétaires
Le démembrement d’un contrat de capitalisation ne doit surtout pas être improvisé.
La convention d’usufruit doit notamment déterminer les droits de chacun, les possibilités d’arbitrage et les conditions dans lesquelles le contrat peut continuer à être géré.
Il est également utile de prévoir une convention permettant la réalisation d’arbitrages afin d’éviter que le contrat reste figé pendant plusieurs années.
L’acte de donation peut aussi prévoir un droit de retour conventionnel. Si l’enfant bénéficiaire décède avant le parent donateur sans descendance, les biens transmis peuvent ainsi revenir dans le patrimoine du donateur selon les conditions prévues.
Une interdiction d’aliéner et de nantir peut également être prévue afin d’empêcher le nu-propriétaire de vendre, donner ou nantir ses droits sans l’accord du parent usufruitier.
À 60, 70 ou 80 ans, le principal risque est de ne plus rien changer
Une stratégie patrimoniale n’est pas faite pour rester identique pendant trente ans.
Entre 60 et 70 ans, il peut encore être judicieux de conserver une part importante d’actifs dynamiques.
Entre 70 et 80 ans, la liquidité, la transmission et la simplicité prennent davantage de poids.
Après 80 ans, les produits inutilement complexes, les actifs difficiles à vendre et les montages mal préparés peuvent devenir plus handicapants que le risque financier lui-même.
Il faut donc régulièrement réexaminer l’allocation du patrimoine, conserver une réserve de liquidités suffisante, éviter le réflexe du 100 % sécurisé et anticiper les donations ou démembrements avant que l’âge n’en réduise l’intérêt fiscal.
Le pire choix est souvent celui que les banques et les épargnants font par facilité : ne rien changer pendant des années simplement parce que les placements sont déjà en place.
