Dans le domaine de l’assurance-vie, depuis 3 ans, la plupart des assureurs ont lancé des offres “boostées” sur leurs fonds en euros. En théorie, ces contrats permettent d’atteindre des rendements compris entre 4,5 % et 6 % en 2026, parfois même sur 2027 selon les acteurs. Pour un particulier français qui cherche un rendement supérieur à celui du Livret A, l’offre paraît séduisante. Mais derrière l’étiquette attractive se cache un mécanisme plus technique qu’on ne le croit, avec des conditions d’éligibilité parfois strictes, des dates limites de souscription et un certain nombre de risques à ne pas sous-estimer.
Après 5 années de collecte négative, les fonds en euros ont regagné du terrain en 2025, profitant de la remontée des taux obligataires. Le rendement moyen est passé de 2,60 % en 2024 à 2,65 % en 2025. Cette progression reste modeste, mais elle intervient dans un contexte où les placements “sans risque” se sont nettement affaiblis : Livret A ramené à 1,50 %, comptes à terme en chute libre autour de 2,20 à 2,55 % bruts, et produits de court terme globalement en retrait.
Les assureurs ont immédiatement exploité cette fenêtre. En rachetant aujourd’hui des obligations offrant 4 à 5 % sur 8 à 10 ans, ils peuvent proposer à leurs nouveaux clients des taux nettement supérieurs au rendement historique de leurs portefeuilles, qui tourne encore autour de 2,20 à 2,30 %. Plus ils collectent de l’épargne fraîche, plus ils remplissent leurs portefeuilles obligataires de titres mieux rémunérés.
La logique n’est pas la même que celle des “bonus de rendement” classiques. Pendant des années, les assureurs ont proposé une surbonification conditionnée à un investissement en unités de compte (UC). Ce mécanisme reposait sur la participation aux bénéfices : 85 % des gains nets doivent être reversés chaque année aux assurés, tandis que les 15 % restants peuvent être mis en réserve. Cette réserve permet ensuite de majorer le rendement servi à certains souscripteurs.
Les taux boostés actuels, eux, ne viennent pas seulement de cette réserve. Ce sont des taux garantis à l’avance pour une durée définie — souvent 6 à 12 mois, parfois 24 mois par dérogation. Les assureurs s’appuient sur la réglementation du code des assurances (article A132-3 pour le taux plafond, article A132-11 pour la participation aux bénéfices) pour définir la limite maximale de leur rémunération bonifiée.
Aujourd’hui, le plafond théorique peut atteindre environ 3,95 %, ce qui laisse une marge confortable pour afficher des taux finaux à 5 % ou 6 % en combinant fonds en euros + boost.
Les principales offres du marché affichent des rendements élevés, mais avec des règles à respecter :
Autrement dit, ces offres peuvent être très performantes, mais ce ne sont pas des produits “grand public” accessibles sans conditions.
Longtemps dominés par les acteurs 100 % en ligne (Spirica, Generali, Suravenir…), les taux boostés commencent à se diffuser chez les assureurs mutualistes et les bancassureurs. Certains fonds en euros dépassent désormais 3,50 % hors boost, ce qui, combiné à une bonification autour de 1,50 à 2 %, permet d’atteindre mécaniquement les 5 %.
Ces contrats restent toutefois soumis à des plafonds internes. Boursobank fixe par exemple un maximum de 5,35 % bruts pour 2026–2027, Generali limite Netissima à 5,25 %. Dès que l’assureur estime que la performance additionnelle dépasse son seuil prudentiel, la bonification s’arrête.
Pour obtenir les taux les plus élevés, il faut accepter d’investir une part non négligeable en UC. Or les UC exposent aux marchés actions, obligations à haut risque, immobilier non coté ou fonds thématiques volatils. Contrairement au fonds en euros, le capital n’est pas garanti.
Avec seulement 30 % d’UC, une baisse de marché peut effacer entièrement le gain offert par le taux boosté. Avec 70 %, la volatilité est encore plus forte. Les particuliers doivent donc examiner soigneusement le niveau de risque des supports proposés. Les catalogues peuvent compter de soixante UC (France Mutualiste) à plusieurs centaines chez Generali ou Spirica.
Un investisseur qui n’a pas l’habitude des UC doit absolument passer par un conseiller ou opter pour une gestion pilotée.
Il faut également surveiller les frais sur versement. Certains contrats les facturent encore, ce qui revient à reprendre une partie de ce qui a été donné sous forme de taux boosté. Heureusement, la majorité des offres en ligne sont sans frais d’entrée et proposent parfois un bonus de bienvenue.
Le piège classique consiste à se focaliser sur le chiffre mis en avant. Or le taux boosté :
Chaque assureur applique sa propre mécanique, et les règles changent rapidement. Les particuliers doivent donc vérifier les conditions d’éligibilité, les délais et les pénalités éventuelles.
Il est probable que les taux boostés restent attractifs en 2026 et 2027. Les assureurs bénéficient d’une période rare où les obligations offrent des rendements supérieurs à leur taux technique. Mais la fenêtre n’est pas éternelle : une baisse durable des taux obligataires ou un afflux massif de collecte pourrait réduire la marge de manœuvre des assureurs.
Ces produits ne sont ni des arnaques, ni des miracles. Ils offrent une rémunération élevée dans une période favorable, mais exigent une lecture attentive et une compréhension du risque.
Pour un particulier à la recherche d’un placement sécurisé, le fonds en euros “classique” reste plus simple et plus lisible. Un contrat qui délivre 3,30 % réguliers sur plusieurs années peut être plus intéressant qu’un produit affichant 6 % pendant douze mois puis retombant à 2,10 %.
D’ici 2030, près de 3,3 millions de PEL de plus de 15 ans seront fermés automatiquement. Cette masse d’épargne va logiquement se rediriger vers des produits comme l’assurance vie, ce qui explique l’effort des assureurs pour attirer de nouveaux clients dès maintenant.
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