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Les USA peuvent-ils vraiment couper les moyens de paiement en Europe ?

L’idée circule : un président américain (mais à qui pense-t-on donc ?? :-)) pourrait bloquer une partie des paiements en Europe du jour au lendemain. Certains élus européens alertent, dénonçant une dépendance excessive aux infrastructures de paiement américaines et évoquant même la possibilité qu’un dirigeant imprévisible comme Donald Trump empêche les Européens de réaliser leurs achats quotidiens.
Cette affirmation mérite une analyse approfondie, car elle touche à un pilier peu visible mais essentiel : la souveraineté financière de l’Europe.

Une dépendance réelle aux réseaux Visa et Mastercard

Lorsqu’une carte bancaire est utilisée en magasin, le paiement ne transite presque jamais par un réseau purement européen. Les transactions empruntent des « rails » techniques reliant la banque du client à celle du commerçant.
En zone euro, environ 61 % des paiements par carte reposent sur les systèmes internationaux de Visa et Mastercard, selon un rapport de la Banque centrale européenne de 2025 .

Les systèmes nationaux assurent le reste des flux, mais leur poids recule :

  • Certains pays n’utilisent presque que Visa et Mastercard.
  • Les paiements transfrontaliers européens dépendent quasi exclusivement des réseaux américains.
  • L’essor des paiements mobiles comme Apple Pay ou Google Pay aggrave encore cette dépendance, car ces services réutilisent les rails Visa/Mastercard.

À l’échelle mondiale, l’emprise est encore plus forte : 80 % des paiements par carte hors Chine passent par Visa et Mastercard.

La France est moins exposée, mais loin d’être indépendante

Le réseau français Cartes Bancaires (CB) apporte un début d’autonomie. Le Comité national des paiements scripturaux indiquait en 2020 qu’il n’existait pas de dépendance américaine dans les paiements de proximité ou à distance.
Mais cette autonomie se fragilise rapidement.

Selon certaines sociétés de terminaux de paiement, le réseau CB ne représente plus que 66 % des transactions en France contre 72,8 % en mars 2022, un recul attribué à l’essor des paiements par téléphone via Apple Pay et Google Pay .

Et au-delà des frontières françaises, la vulnérabilité est totale :

  • Aucun système de paiement européen unifié n’existe.
  • Les paiements entre 2 pays européens passent forcément par les systèmes américains.
  • Les achats sur les plateformes américaines comme Amazon ou Airbnb deviendraient impossibles.
  • Un simple séjour dans un pays voisin poserait problème pour les paiements.

La France est donc moins exposée que d’autres, mais elle ne peut pas fonctionner en vase clos.

Donald Trump pourrait-il couper Visa et Mastercard en Europe ?

Les experts interrogés estiment que ce scénario reste peu probable, principalement pour des raisons économiques. Visa et Mastercard sont des entreprises privées, qui réalisent une grande partie de leurs revenus hors des États-Unis.
Les couper brutalement du marché européen représenterait un choc financier considérable, notamment pour CES entreprises donc pour le commerce américain.

Mais « peu probable » ne veut pas dire « impossible ».

Plusieurs éléments alimentent les inquiétudes :

  • Les États-Unis ont déjà suspendu Visa et Mastercard en Russie en 2022, dans le cadre de sanctions internationales.
  • Le président américain dispose de plusieurs leviers juridiques puissants, comme l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), le National Emergencies Act ou le CAATSA, lui permettant d’interdire à des entreprises américaines de traiter avec certaines entités étrangères.
  • Une administration américaine peut donc obliger les réseaux de paiement à couper des clients ou des secteurs entiers, sous peine de sanctions.
  • Les GAFAM, devenus très influents dans le paiement mobile, sont elles aussi susceptibles de plier face à une pression politique.

Cette inquiétude est renforcée par un précédent récent : en août 2025, Donald Trump a sanctionné 9 magistrats de la Cour pénale internationale, dont le Français Nicolas Guillou, les excluant des systèmes de paiement américains.
Résultat : ces magistrats résidant aux Pays-Bas sont désormais obligés de payer presque tout en espèces, le pays ne disposant pas d’un réseau national de paiement par carte .

Des sanctions ciblées : le scénario le plus réaliste

Un arrêt total serait un séisme économique, coûteux pour les acteurs américains eux-mêmes. Mais des sanctions ciblées, visant des individus, des institutions ou des secteurs spécifiques, sont déjà une réalité.
Ce type de mesure pourrait, sans prévenir, perturber profondément les flux financiers européens liés aux réseaux Visa, Mastercard ou aux systèmes de paiement des géants technologiques.

En clair, ce n’est pas la paralysie totale qui est la plus plausible, mais des blocages ponctuels capables d’affecter des millions de consommateurs ou d’entreprises.

Une question centrale : la souveraineté financière européenne

Le vrai problème mis en lumière par cette analyse est simple : l’Europe dépend des infrastructures de paiement américaines pour une part essentielle de son économie quotidienne.
Cette dépendance concerne :

  • les paiements transfrontaliers,
  • les achats sur les sites américains,
  • les paiements mobiles,
  • l’absence d’un réseau de paiement européen unifié,
  • la faiblesse des alternatives souveraines face aux sanctions extraterritoriales américaines.

C’est cette vulnérabilité structurelle qui alimente les appels à un euro numérique européen et à une stratégie indépendante. Les acteurs politiques la citent comme un levier pour réduire l’exposition aux décisions unilatérales américaines, même si l’idée n’est pas unanimement acceptée.

Alors, les États-Unis peuvent-ils suspendre les paiements en Europe ?

Voici la réponse synthétique et précise :

  • Oui, les États-Unis disposent des outils juridiques pour couper ou restreindre l’accès aux réseaux américains de paiement.
  • Oui, un président américain imprévisible pourrait exercer une pression sur les entreprises concernées.
  • Oui, des suspensions ciblées ont déjà été décidées par Washington.
  • Non, un arrêt total et général des paiements européens est très improbable.
  • Non, la France ne serait pas immédiatement paralysée, mais elle serait fortement touchée pour tout ce qui concerne les paiements transfrontaliers ou les services américains.

La vraie conclusion tient en une phrase : l’Europe n’a pas encore de souveraineté financière et dépend de réseaux qu’elle ne contrôle pas.

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