Depuis des années, les conseillers financiers répètent qu’un portefeuille “équilibré” composé de 50 % d’actions et 50 % de placements prudents serait la solution idéale pour concilier performance et sécurité.
Ce conseil a été tellement répété qu’il est devenu une règle implicite, presque un dogme. Pourtant, dans la réalité économique actuelle, ce fameux 50/50 n’a plus rien d’un équilibre. C’est même l’une des stratégies les plus sûres pour décrocher lentement mais sûrement du niveau de vie de la société.
L’idée paraît contre-intuitive. Mais les chiffres sont clairs : un portefeuille 50/50 ne permet plus de suivre la progression de l’économie. Il donne une impression de prudence… mais condamne l’épargnant à un retard permanent.
Pendant longtemps, l’idée du 50/50 reposait sur une logique simple :
En moyenne, cette combinaison offrait un compromis séduisant : un rendement modéré avec des fluctuations limitées.
Le problème, c’est que les rendements des actifs prudents sont aujourd’hui trop faibles pour jouer leur rôle dans l’équation.
Même lorsque les taux remontent, le particulier ne perçoit jamais le rendement affiché par les marchés. Entre les frais, la fiscalité et les arbitrages défensifs, la performance nette des placements prudents tourne autour de 1,5 % à 2 %.
À l’inverse, la croissance nominale de l’économie — c’est-à-dire la progression globale de la société — évolue autour de 3,5 % à 4 %.
Autrement dit, si votre portefeuille ne dépasse pas ces niveaux en net, vous décrochez mécaniquement.
Prenons des hypothèses réalistes et prudentes :
En combinant les 2, le rendement brut est autour de 5 % à 5,3 %, soit environ 3 % net après fiscalité et frais.
Résultat :
Ce n’est pas une catastrophe visible, ni un choc brutal mais un déclassement progressif et inéluctable.
Le 50/50 donne l’impression d’une stratégie équilibrée. On se dit qu’on limite le risque tout en captant une partie de la croissance économique.
La partie prudente assure la stabilité nominale mais elle ralentit tellement le portefeuille qu’elle empêche tout maintien du niveau de vie réel.
–> C’est un compromis bancal qui satisfait surtout le besoin psychologique de “ne pas trop prendre de risque”.
Vous avez moins de volatilité, mais vous perdez du pouvoir économique relatif.
Lorsque l’on examine mathématiquement ce qu’il faut pour obtenir 3,5 % à 4 % net, les conclusions sont claires :
Ces chiffres ne sont pas des prises de position agressives. Ils résultent simplement des données économiques actuelles :
Un portefeuille “équilibré” aujourd’hui n’est pas un 50/50 : c’est un portefeuille avec une majorité d’actions.
Dans les années 90 ou 2000, les obligations rapportaient largement plus.
Avoir 50 % de son patrimoine en placements prudents ne posait pas vraiment problème : les taux d’État et les obligations d’entreprises offraient un rendement net satisfaisant.
Aujourd’hui, même avec un OAT à 3,5 %, le particulier ne capte jamais ce rendement.
Entre les frais de contrats, la fiscalité, les arbitrages défensifs, le rendement final n’a plus rien à voir avec celui du marché.
En d’autres mots, la partie prudente du portefeuille assure la stabilité mais détruit la performance relative.
Cela ne signifie pas qu’il faut tout mettre en actions car les placements prudents ont encore un rôle utile :
Mais ils ne peuvent plus être la moitié du moteur patrimonial, ce sont des amortisseurs, pas des accélérateurs.
Le 50/50 est un héritage du passé. Il a longtemps été un compromis acceptable, mais il ne correspond plus à la réalité économique moderne.
Aujourd’hui, un portefeuille équilibré n’est pas un portefeuille “sécurisé”, c’est un portefeuille dont la majorité est exposée à la croissance de l’économie — donc aux actions — et dont une minorité amortit les chocs.
Pour suivre le rythme de la société, il faut viser un rendement net autour de 3,5 % à 4 % et ce n’est possible qu’avec une exposition significative à l’économie réelle.
Le vrai équilibre se trouve dans la capacité à rester aligné sur la croissance nominale, sans se laisser piéger par une prudence excessive qui fait perdre du terrain.
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