La grève qui secoue le Crédit Agricole fin janvier marque un tournant rare dans un secteur bancaire pourtant habitué au calme social. Les salariés des caisses régionales, habituellement discrets, ont décidé de hausser le ton face à une politique salariale jugée vraiment mauvaise et à un vaste plan de réorganisation qui, derrière ses discours managériaux, fait planer une menace réelle sur l’emploi.
Ce mouvement, inédit par son ampleur, révèle le malaise profond d’une banque qui affiche des bénéfices confortables tout en comprimant ses coûts humains.
On dirait que les salariés du Crédit Agricole sont maintenant traités comme les clients …
Jeudi 22 janvier, les syndicats ont appelé les 78 000 salariés du Crédit Agricole à un débrayage de quelques heures jusqu’à une journée entière. Plus d’une trentaine de caisses régionales ont suivi, un niveau de participation que des représentants syndicaux disent n’avoir « jamais vu en 25 ans de maison » .
Certaines caisses ont enregistré jusqu’à 40 à 50% de grévistes, notamment en Normandie Seine . À Paris, des salariés se sont rassemblés devant le siège de la caisse d’Île-de-France pour dénoncer la situation.
La direction, elle, minimise l’événement en évoquant une participation « inférieure à 5% » à la mi-journée . Un contraste qui illustre parfaitement la fracture entre le terrain et les bureaux feutrés de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA).
Le point de départ de la colère porte sur les rémunérations. Après des négociations nationales menées fin 2025, la direction a proposé une hausse générale de seulement 0,5% pour 2026, et encore : cette augmentation ne s’applique qu’à 80% du salaire effectif des collaborateurs, le reste étant renvoyé à des négociations locales sans garantie d’augmentation individuelle .
Une porte-parole du SNECA en Île-de-France dit clairement ce que beaucoup pensent : « Le Crédit Agricole a largement les moyens d’augmenter les salaires » .
Difficile de lui donner tort. Le groupe a engrangé près de 3,2 milliards d’euros de bénéfice net sur les trois premiers trimestres de 2025 .
L’écart entre ces résultats et les 0,5% proposés passe très mal parmi les salariés, qui y voient une volonté assumée de réduire les coûts humains au profit de la rentabilité.
Au-delà des salaires, c’est le « plan efficacité » annoncé début janvier par la FNCA qui met le feu aux poudres. Officiellement, il s’agit de moderniser les processus, fluidifier les opérations et mutualiser certaines activités entre caisses pour gagner en performance.
Dans les discours officiels, la direction assure que ce plan « n’implique pas de réduction d’effectifs » et qu’un dialogue social existe depuis des mois autour du projet .
Sur le terrain, la perception est très différente.
Le programme prévoit une mutualisation massive de métiers jusqu’ici répartis dans de nombreuses caisses. Exemple très concret : le traitement des sinistres assurances décès, aujourd’hui géré par 20 caisses sur 39, sera bientôt centralisé dans seulement trois sites (Lille, Toulouse et Saint-Brieuc) .
Les salariés concernés risquent un changement complet de métier, un basculement vers de nouveaux services, voire vers une autre convention collective.
D’autres exemples montrent que certaines caisses anticipent déjà des pertes d’emplois : la caisse du Centre Ouest envisage près de 150 postes menacés dans le cadre des mutualisations futures .
La réduction du réseau physique constitue une autre source d’inquiétude. Depuis 2010, les fermetures d’agences s’enchaînent, mais 2025 marque une accélération brutale : 112 agences ont été fermées en une seule année, deux fois plus que les années précédentes .
Pour les salariés comme pour les clients, cette contraction du réseau souligne une stratégie claire : centraliser, automatiser, alléger les coûts, quitte à dégrader la proximité locale que le Crédit Agricole revendique pourtant comme son ADN.
La grève au Crédit Agricole ne tombe pas dans un vide : elle s’inscrit dans une tendance lourde dans le secteur bancaire. Le même jour, la Société Générale annonçait 1 800 suppressions de postes d’ici 2027, sans plan de départs volontaires, mais via attrition naturelle et mobilités internes . BNP Paribas, de son côté, prévoit une réorganisation profonde de sa filiale de gestion d’actifs .
Le secteur bancaire européen, sous pression des acteurs numériques agiles et peu chargés en coûts fixes, multiplie les plans de réorganisation. Pour les salariés, cela se traduit par une incertitude croissante, une pression accrue et une perte de repères.
Cette mobilisation, rare dans une banque mutualiste, n’est pas qu’un sujet interne. Elle concerne directement les particuliers.
Lorsque les caisses régionales ferment des agences, centralisent leurs services et réduisent leurs effectifs, l’impact est immédiat :
Autrement dit : la quête d’efficacité interne risque surtout d’améliorer les ratios financiers, mais pas la qualité de service pour les clients.
Le Crédit Agricole n’est pas une banque comme les autres. Il se présente comme une banque mutualiste, enracinée dans les territoires, gouvernée par ses sociétaires.
Or les salariés, qui en sont l’une des forces motrices, ont aujourd’hui le sentiment que la logique mutualiste s’efface au profit d’une stratégie industrielle calquée sur les groupes bancaires traditionnels.
Entre rémunérations stagnantes, fermetures d’agences et recentralisations, le modèle local et coopératif semble perdre de son sens.
La grève du 22 janvier ne se limite pas à un simple mouvement d’humeur. Elle met en lumière un malaise profond, lié à un sentiment de dégradation des métiers, à une pression accrue et à un manque de reconnaissance malgré des bénéfices solides.
En refusant de rouvrir les négociations salariales et en minimisant la réalité de la mobilisation, la direction prend le risque de laisser s’installer une fracture durable.
Pour les particuliers comme pour les salariés, le Crédit Agricole joue aujourd’hui une partie délicate : préserver sa rentabilité tout en maintenant le sens, la proximité et la confiance qui ont fait sa réputation.
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